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Portrait

TRENT RODNEY

Rédigé par WLE

De temps à autre, notre équipe éditoriale part à la rencontre de personnalités qui incarnent l’essence de WANT à travers leur passion, leur vision du savoir-vivre et leur sens du style. Et puique nous pensons que les détails font toute la différence, nous les invitons à répondre à un questionnaire sur les petites (et grandes) choses de la vie.

Photo: Trent dans la Geometric House @westcoasmodern

Ce mois-ci, WANT a eu le plaisir de s'entretenir avec Trent Rodney.

Trent a cofondé West Coast Modern avec une vision claire : mettre l’accent sur l’architecture, et non sur l’immobilier. Ce mantra a donné naissance à une mission : préserver les remarquables maisons modernistes conçues par des architectes de Vancouver après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, Trent veille à ce que ces espaces lumineux et empreints d’âme trouvent leur chemin jusqu'à des passionnés de design, qui sauront leur offrir une seconde vie.

Comment est née l'idée de West Coast Modern Homes?

Je voulais remettre en question la vieille formule en montrant que design et culture peuvent se nourrir mutuellement pour transformer l’immobilier, tout en préservant le patrimoine architectural caché de notre ville.


Vancouver possède un incroyable héritage d’architecture moderniste. Pouvez-vous nous raconter l'histoire et les particularités de ces maisons?

Les maisons modernistes construites à Vancouver après la Seconde Guerre mondiale se distinguent par leur richesse matérielle et leurs strates culturelles : des mosaïques en nacre qu’Arthur Erickson a utilisées pour la maison Perry Estate aux motifs japonais inspirés de ses voyages. Tous ces détails, disséminés à travers notre région, participent à l'identité de la côte ouest, où l’architecture, l’artisanat et le paysage sont intrinsèquement liés. Chez West Coast Modern, nous tenons à révéler et à partager ces histoires afin que ces maisons soient préservées au lieu de disparaître pas sous les coups de bulldozer — et, jusqu’à présent, pas une seule de celles que nous avons sous notre égide n’a été démolie.

Photos: Trent; La Perry Estate House @westcoastmodern

Quel aspect de votre métier aimez-vous le plus, et pourquoi?

J’aime le fait que ce combat ait pris de l'ampleur. Ce qui avait commencé comme une petite bataille à Vancouver est devenu un dialogue mondial — où des maisons autrefois jugées dépassées côtoient désormais les œuvres les plus célébrées de l’architecture internationale. Ce qui n’était qu’une simple pierre lancée dans la mare a fini par générer des ondes bien au-delà de notre ville.


Avec du recul, y a-t-il eu un moment charnière — dans votre vie ou votre carrière — qui a changé votre trajectoire?

Oui. Il y a plus de 10 ans, je travaillais en marketing dans le domaine des finances, où je concevais des campagnes pour des produits d’investissement. J’étais compétent dans ce que je faisais, mais je cherchais toujours refuge dans la nature pour retrouver la paix. Je passais des heures à marcher le long des sentiers, des rivières et des forêts. Il y avait cet endroit, sur la rivière Coquitlam, vers lequel je retournais sans cesse : un rocher de granit, posé au milieu du courant. Il absorbait la chaleur du soleil, formant comme une sorte de lit. De là, on pouvait observer les faucons dans le ciel et la faune qui se mouvait tout autour.

Allongé là, je me suis dit : et si je pouvais vraiment vivre ainsi, au coeur de la nature, bercé chaque jour par ce sentiment de guérison et de réconfort? Cette question m’a entraîné dans une véritable enquête. J’ai découvert Fallingwater, de Frank Lloyd Wright, puis j’ai réalisé que le Canada avait sa propre réponse avec Fred Hollingsworth. J’ai contacté sa famille, et cette rencontre a tracé la voie sur laquelle je suis aujourd’hui.

Photos: Trent; La Starship House, par Arthur Erickson @westcoastmodern

Mon principal trait de caractère : La curiosité. Je suis cette personne qui entre dans une pièce et finit par poser des questions sur les interrupteurs, les œuvres accrochées aux murs, et l’histoire du lieu.

Le défaut que je ne pardonne pas : Je suis qui je suis, et c'est mon destin de l'être. Mais j'apprends à écouter plus que je ne parle — après tout, il ya bien une raison pour laquelle nous n'avons qu'une bouche mais deux oreilles.

La chose qui me met en colère : Quand une maison pleine d’âme est démolie pour laisser place à quelque chose de plus grand — et d’une certaine manière, plus vide.

La chose la plus surprenante à propos de moi : Les gens s'attendent à quelqu'un de lisse et raffiné en me voyant. La vérité? J'aime me salir les mains et patauger dans la boue.

Mon talent caché : Avoir autant de créativité qu'un bon sens des affaires

La dernière fois que j’ai pleuré : C'est parce que je me sentais seul.

La dernière fois que j’ai ri : Si je n'ai pas trois fous rires par jour, il est possible que j'explose.

Photo : La Downs House

Une chose qui m'émerveille : La beauté est réellement dans l'oeil de celui qui la regarde.

En amour, je suis : Plein de ressources. J'aime trouver des manières créatives de cultiver ce qui est important pour moi.

En amitié, je suis : comme les arbres, présent et ancré.

Ce que mes amis diraient de moi : Que je suis toujours plongé dans le travail que j’aime. Ce qui veut dire que je ne refais pas toujours surface assez vite pour répondre.

La qualité que j’apprécie le plus chez les autres : Passion. Creativité. Persévérance dans le travail. Toujours.

L'odeur qui m'émeut : Cèdre et pluie. Ce mélange me ramène instantanément à l'époque où j'explorais Tofino.

Le son que j'aime le plus : Le craquement léger d’un vieux plancher en bois. Cela signifie que la maison a une histoire.

Le plat que je mangerais tous les jours : Les cônes de sashimi nigiri, chez AMA Raw Bar. Les saveurs sont parfaites, mais ce qui me captive, c’est le décor : une création de &Daughters, où la lumière évoque un crépuscule sans fin et où le bar se transforme en scène. Y manger donne l’impression d'être hors du temps.

Mon style vestimentaire : La collection Pleats Please, d'Issey Miyake; facile à porter, architecturale, et toujours en mouvement.

Photo : La Carmichael House

Le projet qui m'a posé le plus de difficultés et comment je les ai surmontées : Au départ, les gens se moquaient de l’idée que des maisons modernistes des années 1950-60 puissent être perçues comme des propriétés de luxe. La seule voie possible était la persévérance — fouiller dans les archives, reconstituer leurs histoires, et remettre leur beauté en lumière… jusqu’à ce que les mêmes personnes qui doutaient de nous commencent à nous appeler pour demander conseil.

Ce qui a le plus évolué ces dernières années dans la perception que j’ai de mon métier : Je pensais autrefois que la préservation était la ligne d’arrivée. Aujourd’hui, je comprends que ce n’est qu’un point de départ. Il s’agit de créer des modèles de maisons durables pour les générations futures, notamment une collection de classiques réinventés, où les plus grands architectes et designers de Vancouver pourront écrire le prochain chapitre de l’histoire du design de la ville.

Photos: Trent Rodney et Jason Choi, fondateurs de WCM, ici à la Eaves House; Terrasse de la Eaves House

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